
Le parti architectural d’aménagement du parvis de la gare de Saint-Pierre-des-Corps s’est forgé progressivement en associant l’ensemble des partenaires. Tours Métropole Val de Loire (maître d’ouvrage) a engagé avec l’entreprise DCI Environnement (maître d’œuvre) une démarche de projet associant les riverains, les élus de la ville de Saint‑Pierre‑des‑Corps et de la métropole, ainsi que les acteurs de la mobilité : la SNCF, les taxis, les conducteurs de bus, les opérateurs de transport et les usagers quotidiens.
L’aménagement est né d’une volonté commune de retrouver une harmonie de composition, une esthétique ancrée dans l’identité ligérienne et une fonctionnalité apaisée, adaptée aux flux croissants des voyageurs.
Il s’articule autour d’un point de convergence, espace vide marqué au sol par un cercle de métal. C’est de ce point que se forme un aménagement inspiré de la Loire. Le flux des passants sillonne entre les îlots de verdure sur un dallage de tonalité plus chaude, plus sable, tels les courants de la Loire entre les îles artificielles du fleuve.

Les œuvres de l’artiste Jean Vindras, sculptures de Sancho Panza et Don Quichotte, s’inscrivent dans les massifs arborés. Les sculptures filaires rappellent dans leur immatérialité l’ancien parvis sur lequel elles étaient présentées.
À proximité du point de convergence se trouve un grand cèdre, symbole des jardins remarquables des villas et châteaux de Touraine qui s’ornaient, aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, d’arbres exotiques.
Les ombrières colorées symbolisent les reflets vibrants de la Loire entre l’aube et le crépuscule. Les structures en acier de teinte rouille renvoient au temps qui altère le métal tout en rappelant la proximité de l’ambiance ferroviaire de la gare.

Enfin, l’espace du parvis est marqué par les trois œuvres du sculpteur Michel Audiard. Les trois totems, de plan triangulaire, signalent l’espace en reflétant sur chacune de leurs faces les caractères du lieu : expression du temps, du mouvement, des artistes et des lieux emblématiques.
Ces œuvres sont faites autant pour ceux qui partent que pour ceux qui arrivent. Elles sont conçues pour être les repères des axes convergents du parvis tout en offrant, au plus près, la satisfaction d’un dessin détaillé. Leur mise en lumière a fait l’objet d’une conception particulière, soulignant les angles des totems par une lueur chaude constante et un éclairage intérieur changeant au rythme des temporalités.

TOTEM 1 – Locomotive – Calder – Villes
La première face présente la technologie ferroviaire et rappelle la présence à Saint‑Pierre‑des‑Corps de son seul monument historique : la locomotive 231 E 41, construite en 1937 par Fives‑Lille et appartenant à la prestigieuse série des Pacific Chapelon. En partie basse, l’évolution technologique du ferroviaire français est illustrée par la succession des locomotives électriques, diesel puis du TGV.
La face 2 montre le portrait de l’artiste Alexander Calder. Né le 22 juillet 1898 près de Philadelphie, il est déjà une figure majeure de l’art moderne lorsqu’il s’installe en Touraine dans les années 1950, à Saché. Dès les années 1930, il s’impose comme l’inventeur des mobiles, sculptures aériennes en métal découpé mises en mouvement par l’air. Il crée ainsi une œuvre cinétique jouant avec l’air, la lumière et l’équilibre.
La face 3 organise dans un jeu de typographie les destinations offertes par le nœud ferroviaire de Saint-Pierre-des-Corps. Le parvis de la gare où nous sommes est le point de départ de destinations proches ou lointaines, en France ou en Europe, pour le quotidien ou l’aventure. Il s’agit d’une reprise contemporaine d’une tradition du XIXᵉ siècle où les gares s’ornaient de panneaux figurant les destinations.

TOTEM 2 – Horloge – Jardins – La Loire
La face 1 présente ce que l’on regarde en premier en arrivant à la gare : l’heure. L’horloge représentée est celle de la gare de Tours, élément central de cette architecture ferroviaire du XIXᵉ siècle conçue par Victor Laloux, également architecte de la gare d’Orsay à Paris, aujourd’hui musée. En bas du panneau figurent les façades des gares de Tours et de Saint‑Pierre‑des‑Corps, complémentaires dans l’organisation des flux voyageurs.
La face 2 nous présente la diversité des jardins remarquables d’Azay-Le-Rideau, d’Amboise et de Villandry. Entre classicisme et modernité les jardins de la Touraine continuent d’inspirer les créateurs de tous les horizons.
Michel Audiard y associe la rose Pierre de Ronsard et le portrait du poète qui a vécu les dernières années de sa vie au prieuré Saint-Cosme, près de Tours. Le poète y a trouvé un lieu de retraite propice à l’écriture et à la méditation. Installé dans ce prieuré entouré de jardin, il compose une grande partie de ses œuvres tardives :
« Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »
Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578
La face 3 représente la Loire et ses usages : cyclotourisme, batellerie, ouvrages d’art et créations. On y voit les fameuses gabares (chaland), bateaux à fond plat adaptés aux variations du fleuve. L’œuvre invite également à découvrir le pont suspendu de Langeais, construit en 1937 et long de 359 mètres. En bas, une évocation d’une représentation de la Loire par Max Ernst est suggérée dans son tableau Jardins de la France.

TOTEM 3 – le Patrimoine – Balzac – le vignoble
La face 1 présente le patrimoine ligérien. Les châteaux de la Loire, souvent ancrés dans d’anciennes forteresses médiévales, constituent le socle de l’inscription du Val de Loire au patrimoine mondial de l’UNESCO. On y retrouve les modèles architecturaux emblématiques ainsi que leurs jardins. Du haut en bas sont représentés : le château de Chenonceau, la cité Royale de Loches, le château d’Amboise et le château de Chambord. Le très bel hôtel Gouïn, situé au centre de Tours, apparaît au milieu du panneau ; cet hôtel particulier de pur style Renaissance accueille aujourd’hui des expositions d’art.
La face 2 met en scène Honoré de Balzac et les personnages de La Comédie humaine. La sculpture de Balzac réalisée par Auguste Rodin figure en haut du panneau. Du portrait de l’écrivain, placé en partie basse, semblent surgir ses personnages, dont le père Goriot ou le chat de Madame Vauquer. Balzac (1799-1850) né à Tours et qui vécut épisodiquement à Saché, possédait une force créatrice exceptionnelle ; son roman Le Lys dans la Vallée s’inspire directement des paysages ligériens.
La troisième face illustre les valeurs du terroir. La Touraine est un pays de vins et de fromages dont la qualité est sans cesse recherchée. Les paysages viticoles des plateaux ligériens de Rochecorbon, de Vouvray, de Montlouis-sur-Loire et les reliefs vallonnés du secteur de Sainte‑Maure-de-Touraine offrent des ambiances contrastées que le visiteur est invité à découvrir, sentir et encore mieux…à goûter.
Ainsi, le parvis de la gare de Saint Pierre des Corps se présente comme un espace à la fois fonctionnel, symbolique et accueillant, où se rencontrent l’identité ligérienne, la modernité ferroviaire et la volonté métropolitaine de créer des lieux de mobilité plus lisibles, plus confortables et plus sensibles. Les œuvres de Michel Audiard sont comme un livre ouvert sur l’esprit tourangeau, les voyages, la culture et la gastronomie.